Je t'écris pour te dire au revoir. Ce n'est pas moi qui ait eu l'idée de le faire parce que je n'aime pas ça, ils sont difficiles. Je me souviens de ton intrusion bruyante dans ma vie ce soir d'octobre. J'étais loin de me douter de ce qui m'attendait avec toi. Je croyais que tu serais mon alliée, que tu serais ma solution. Je me suis trompée et pour survivre tu m'as noyée. J'ai dû faire preuve de beaucoup de volonté pour que tu restes avec moi. Avec toi, j'étais la plus forte du monde même si je m'habillais au rayon enfant désormais. Je m'effaçais lentement, tu me dictais la transparence. Les gens de la surface de la terre, que j'avais quittés, me faisaient des appels de phare et tentaient une dernière réanimation. Même un amour insensé, devenu aveugle, n'a pas pu me sauver. Je ne comprenais pas leur affolement, ils étaient si bêtes de ne pas te connaître. Plus tard, le piège s'est lentement refermé : tu devenais ma meilleure amie, jusqu'à la mort s'il le fallait. Mon teint s'est terni, mes cheveux sont tombés, ma carcasse s'est vêtue de bleu(s), mon c½ur ralentissait, mes muscles s'atrophiaient, mes yeux avaient mal, mon squelette est apparu amenant avec lui ses copines les douleurs. J'allais un jour devenir poussière. Je le comprenais mais il m'était impossible d'agir, j'étais paralysée. Je ne pensais plus, ne réfléchissais plus, ne vivais plus, plus rien n'en valait la peine, c'était toi qui me l'avait dit. Tu restais mon amie, tu allais me sauver, je le savais. Tôt ou tard. Je vivais ma mort. Les émotions m'étaient devenues inconnues, mon corps se glaçait et je devenais transparente. Toi mon amie tu étais devenue maladie et tu gagnais du terrain. Un mauvais beau jour, mes jambes n'ont plus voulu me porter et je quittais ce qui me restait de ma vie pour aller me laisser mourir à domicile. J'allais y connaître mes pires heures de souffrance. Hors du vrai monde et hors du temps, j'étais jetée en pâture face à toi, la toute puissante. Bataille à armes inégales, je faiblissais de jour en jour. Lorsque je ne pu plus rien faire, même garder mes yeux ouverts très longtemps, un jour je sus que je ne voulais pas finir par en mourir. Je ne sais pas où j'ai trouvé la force de te dire que je te déclarais la guerre, je n'étais même plus sûre de le vouloir. Tu te déchaînais, je pleurais sans plus savoir pourquoi. Je repleurais, c'était déjà ça.